Quand les émotions n'ont pas de nom : ce qu'un atelier d'écriture nous apprend sur nous-mêmes

Lors d'un récent atelier d'écriture au Bercail, nous avons exploré un drôle de dictionnaire : celui des émotions du monde.

Les participants ont découvert des mots comme Awumbuk, cette sensation de vide laissée après le départ d'un invité en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Amae, au Japon, qui évoque le plaisir d'être pris en charge par une personne aimante, ou encore Schadenfreude, ce mot allemand désignant la satisfaction ressentie face au malheur d'autrui.

À partir de ces émotions méconnues en France, chacun a imaginé une définition, une histoire, un contexte culturel, une manière particulière d'habiter le monde.

Rapidement, une question s'est imposée : combien d'émotions vivons-nous sans savoir les reconnaître ?

Nous ressentons davantage d'émotions que nous ne savons en nommer

Notre vocabulaire émotionnel est souvent limité à quelques mots : joie, peur, tristesse, colère, honte.

Pourtant, notre expérience intérieure est infiniment plus nuancée.

Nous pouvons ressentir simultanément de l'amour et de l'agacement, de l'envie mêlée d'admiration, de la gratitude teintée de culpabilité ou encore une nostalgie heureuse.

Lorsqu'une émotion ne trouve pas de mot pour être pensée, elle reste souvent confuse. Elle peut être ressentie dans le corps sans être comprise. Elle peut nous traverser sans que nous sachions ce qu'elle cherche à nous dire.

Nommer une émotion ne la fait pas disparaître. En revanche, cela permet souvent de commencer à entrer en relation avec elle.

Lorsque l'émotion ne peut être reconnue

Certaines personnes ont grandi dans des environnements où certaines émotions n'avaient pas leur place.

La colère pouvait être jugée dangereuse.
La tristesse pouvait être perçue comme une faiblesse.
La peur pouvait être moquée.
La joie elle-même pouvait parfois susciter la méfiance.

Peu à peu, certaines émotions deviennent difficiles à identifier. Elles continuent pourtant d'exister.

Elles cherchent alors d'autres chemins pour se manifester.

Parfois à travers des tensions corporelles.
Parfois à travers l'anxiété.
Parfois à travers l'irritabilité.
Parfois encore à travers certains comportements répétitifs.

Que nous dit le symptôme ?

En Gestalt-thérapie, le symptôme n'est pas considéré comme un ennemi à éliminer à tout prix.

Il est souvent envisagé comme une tentative d'adaptation.

Une addiction, un comportement compulsif, certaines formes d'évitement, un besoin excessif de contrôle ou certaines répétitions relationnelles peuvent parfois être compris comme des façons de réguler une expérience émotionnelle difficile à accueillir autrement.

Le symptôme peut alors être vu comme une réponse qui a eu du sens à un moment donné.

La question n'est pas seulement : « Comment faire disparaître ce comportement ? »

Mais aussi :

« À quoi sert-il ? »
« Que protège-t-il ? »
« Quelle émotion tente-t-il de contenir ? »
« Quelle expérience n'a pas encore trouvé sa place ? »

La relation thérapeutique comme espace d'exploration

Il est souvent difficile d'explorer seul son monde émotionnel.

Certaines émotions sont trop anciennes.
D'autres sont trop rapides.
Certaines encore sont immédiatement recouvertes par des habitudes de pensée ou d'action.

La Gestalt-thérapie propose un espace où ces expériences peuvent être observées dans le présent de la rencontre.

Dans la relation avec le thérapeute, une émotion peut progressivement être reconnue, ressentie, exprimée et mise en mots.

Parfois, ce qui semblait être de la colère révèle une profonde tristesse.

Parfois, derrière l'anxiété apparaît un besoin de soutien jamais formulé.

Parfois encore, ce qui semblait être de l'indifférence révèle une immense vulnérabilité.

Cette exploration ne vise pas à contrôler les émotions ni à les supprimer.

Elle cherche plutôt à développer la capacité à les reconnaître, à les accueillir et à choisir plus librement ce que nous en faisons.

Donner une place à ce qui nous traverse

L'atelier d'écriture nous a rappelé que les émotions sont aussi des constructions culturelles. Certaines sociétés ont développé des mots pour décrire des expériences que d'autres ignorent.

Mais au-delà des mots, il existe une réalité commune : nous sommes tous traversés par des états intérieurs parfois complexes, contradictoires ou difficiles à comprendre.

Écrire peut être une façon de les approcher.

La thérapie peut en être une autre.

Dans les deux cas, il s'agit souvent du même mouvement : créer un espace où quelque chose qui était flou, silencieux ou confus peut progressivement prendre forme, être reconnu et trouver sa place dans notre histoire.

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